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Le temps est suspendu dans un monde complexe. La peinture n’est jamais prisonnière de l’anecdote, du moment précis. Elle est dans l’entre-deux pelliculaire qui sépare les temps pour en montrer les strates. Pour Adrianna Bonomi l'art joue le rôle de passeur, d’intermédiaire. C’est la pellicule ou plutôt la peau de lait qui sépare deux choses de même nature : un temps qui a eu lieu, un autre qui attend son sort. L’un presque disparu, l’autre à venir. Dans le présent la peinture témoigne de ce passage. Existe donc un mixage dans l’espace. La création offre donc deux rives, deux impressions visuelles, deux réalités (ou plusieurs) de la même image. Et soudain surgit une étrange douceur. Elle envahit tout : le semblable, le cru et le différent. Cette douceur n'a rien de sentimentale. Elle répudie le tranchant des visées et altère ce qui n'est qu’artifice. Elle semble enveloppante, naturelle, permanente. On ne peut ni s’en raisonner ni s’en imprégner. C'est une douceur bizarre presque extravagante sous un ciel ou un fond de talc.

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Extrait de l'article de Jean-Paul Gavard-Perret

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